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Le jour où la technologie WiMAX sera
mobile... Adapté aux réseaux hertziens fixes point à multipoint, le WiMAX
devrait gagner bientôt des fonctions de mobilité, telles que l'accès nomade au
Web.
Frédéric
Bergé , 01 Réseaux, le 16/02/2006 à
07h00
Dans son centre de R&D en Allemagne, Nokia a réussi à
établir une communication de données en WiMAX mobile à partir d'équipements de
laboratoire issus de ses travaux sur cette technologie.
Peu médiatisée, cette information, qui date de la
mi-octobre, reste parcellaire puisque le finlandais reste flou sur le calendrier
futur de développement de ses produits. Elle donne cependant une idée des enjeux
et de l'état de l'art (et aussi de l'état d'esprit) de l'industrie face à une
technologie au fort potentiel, pourtant encore dans les limbes. Aujourd'hui, le
WiMAX mobile n'est pas encore une norme, même si l'IEEE prévoit d'approuver la
spécification ad hoc, baptisée 802.16e, d'ici le début 2006.
Le paradoxe de la situation actuelle vient du fait que le
regain d'intérêt de l'industrie autour du WiMAX est lié à l'établissement,
en 2004, de la norme américaine 802.16a, ou 802.16-2004, exclusivement conçue
pour la boucle locale radio fixe. Ses spécifications couvrent l'utilisation des
fréquences de 2 à 11 GHz pour des liaisons point à point ou point à multipoint
d'une dizaine de kilomètres.
Ce lien radio s'établit entre une station de base et un
terminal raccordé à une antenne fixée sur le bâtiment de l'abonné. Il ne doit
pas forcément être à vue, car le WiMAX recourt au multiplexage OFDM, qui permet
aux ondes de contourner les obstacles. Les produits qui en tirent parti sont
totalement dépourvus de fonctions de mobilité. Seuls, les coréens ont déjà leur
propre technologie de WiMAX mobile, appelée WIBRO (WiMAX Broadband).
Un nouveau moyen d'accès mobile IP à Internet
Sur le plan industriel, l'offre d'équipements radio WiMAX
conformes au 802.16-2004 émerge à peine. Le processeur PRO/Wireless 5116
d'Intel, par exemple, commence à être utilisé par certains industriels comme
Alvarion dans les terminaux radios WiMAX situés chez l'abonné.
Un processus de certification a été lancé au cours de
l'été 2005 pour vérifier la conformité au standard 802.16-2004 des équipements
WiMAX qui sortent sur le marché. En France, un processus d'attribution de
nouvelles licences WiMAX fixes est orchestré par l'Arcep dans la bande de
fréquences 3,4-3,6 GHz. Ce dernier a même prévu la possibilité, pour les futurs
titulaires de ces licences, d'exploiter des services WiMAX « nomades ».
L'enjeu du WiMAX mobile consiste à introduire la gestion
de la mobilité entre des stations de base WiMAX et des terminaux nomades équipés
d'un client radio ad hoc. Si le succès de cette technologie se confirmait, elle ajouterait
un nouveau moyen d'accès mobile IP à Internet à ceux qui existent déjà :
Wi-Fi, 3G et Edge.
Toutefois, la mobilité apportée par le futur standard
802.16e sera dans un premier temps réduite. Chez Alcatel, on préfère évoquer,
dans la Revue des télécommunications
du deuxième trimestre 2005, le terme de portabilité gérée
par un mécanisme de handover au niveau de l'interface radio 802.16e. Concrètement, il sera
possible de se déplacer avec son PDA ou son PC portable sur une zone de
couverture. On parlera plutôt d'utilisation nomade à l'intérieur d'une même zone
de couverture, sur le modèle de ce que le Wi-Fi sait déjà faire.
« Si vous utilisez un portable dans un bâtiment, vous
pourrez également vous déplacer alentour à la vitesse d'un piéton, tout en
conservant votre connexion, explique James A.
Johnson, vice-président chez Intel, en charge du groupe Mobilité. La véritable mobilité avec une itinérance et un
hand-over rapides ne sera
prête que fin 2007. » Cette mobilité supposera
aussi que le réseau de l'opérateur gère cette itinérance.
Intel sur les rangs
La gestion de la mobilité repose sur un nouveau mécanisme
d'accès au média hertzien propre au 802.16e. Celui-ci combine la technique de
multiplexage OFDM, utilisée pour le WiMAX fixe, avec la nouvelle technique
SOFDMA. Cette dernière présente l'avantage d'allouer dynamiquement et
individuellement des sous-ensembles de fréquences à plusieurs utilisateurs. Il
est prévu que ce nombre de sous-porteuses varie de 128 à 1024, voire 2 048,
contre 256 pour la version 802.16-2004.
Le mode d'accès au spectre du futur 802.16e ne sera pas
rétrocompatible avec celui qui est utilisé pour le WiMAX fixe. A priori, le
WiMAX mobile ne devrait être spécifié que pour des fréquences inférieures
à 6 GHz. Aux côtés de la bande des 3,5 GHz (déjà exploitée par la version fixe
et soumise à licence), il pourrait évoluer dans la bande des 2,5 GHz ou 5 GHz
(libre de licence). Reste à savoir si, en dépit de ce choix, de nouvelles
fréquences seront effectivement disponibles pour cet usage.
Certains pensent, en Europe, que les perspectives ne sont
pas favorables. « En Europe, la disponibilité du
spectre de fréquences est un problème majeur pour les futurs déploiements de
réseaux WiMAX mobiles. La solution pourrait ne pas émerger avant
2008 », estime une étude d'IDC émanant de son
centre de recherche européen sur les technologies émergentes, basé en
Israël.
De son côté, l'industrie des télécoms bruisse de
communiqués officiels et de déclarations d'intention en faveur du futur
standard. La confirmation de l'engagement d'équipementiers tels que Nokia, par
ailleurs très impliqués dans les terminaux et réseaux cellulaires 2G et 3G,
entretient toutes les spéculations.
Pour certains, cette technologie pourrait doper le marché
de l'accès radio nomade à Internet. Il n'en reste pas moins que la fenêtre
d'opportunité du WiMAX mobile n'est pas si large. Comparée aux technologies
Edge, 3G et Wi-Fi (y compris sa version maillée), déjà bien avancées en termes
de déploiement et d'industrialisation des composants et des cartes clients, le
WiMAX mobile devra être soutenu par toute l'industrie.
C'est le pari d'Intel, qui ambitionne, avec le futur
802.16e, de réenclencher la spirale vertueuse du Wi-Fi. Celle-ci a vu
l'industrie se fédérer autour d'un standard, ce qui a permis à Intel, pourtant
parti tard, de vendre des millions de puces Centrino intégrées dans les PC. Son
activisme est tel que les équipementiers télécoms comme Alcatel, Alvarion,
Motorola ou Nortel Networks ont déjà noué des partenariats avec lui. Tous
parient sur sa capacité à produire les puces idoines.
Dans le meilleur des cas, si le standard 802.16e est
adopté dans les prochains mois, les premiers processeurs devraient suivre
fin 2006, avec les premières cartes pour PC en 2007. La partition est donc loin
d'être écrite et encore plus loin d'être jouée...
Une utilisation nomade, mais non mobile, pour les licence WiMAX
en France
L'Arcep a prévu, sous condition restrictive, une
utilisation nomade des terminaux dans la zone de couverture radio des futurs
réseaux WiMAX, pour lesquels l'attribution de nouvelles licences est en
cours.
Voici ses termes exacts : « L'opérateur BLR est autorisé à proposer une offre de service
nomade dans le respect de la définition suivante. Une offre de service nomade
est une offre de service permettant à des clients (disposant d'un équipement
terminal adapté) de se connecter au réseau de l'opérateur BLR en différents
points couverts par le réseau de l'opérateur BLR, l'équipement terminal restant
fixe tout au long de la communication avec le réseau de stations de base de
l'opérateur BLR. Il peut se déplacer en dehors des temps de
connexion. »
Si cette définition s'accommode de la première version du
futur 802.16e, elle permet au régulateur de restreindre par avance tout
débordement du WiMAX sur les chasses gardées des trois opérateurs
cellulaires 3G, qui ont chacun payé chèrement leur licence (619 millions
d'euros) !
Lexique
SOFDMA (Scalable
Orthogonal Frequency Division Multiple Access, accès évolutif via multiplexage par répartition en fréquence sur
des porteuses orthogonales) : technique qui permet de moduler dynamiquement des
sous-groupes de fréquences porteuses orthogonales, dont le nombre peut varier à
la fois en fonction de l'utilisateur et dans le temps.
OFDM (Orthogonal
Frequency Division Multiplexing, multiplexage par
répartition en fréquences sur des porteuses orthogonales) : technique consistant
à transporter le signal sur de multiples fréquences porteuses. Celles-ci sont
modulées individuellement et transmises de manière orthogonale pour limiter les
interférences générées entre elles. |