|
la téléphonie par Internet La téléphonie sur IP prend son
envol. Elle promet d'offrir des communications longue distance à prix très
réduit. Mais la qualité n'est pas toujours au rendez-vous.
Valéry
Marchive , Univers Mac, le 04/05/2005 à
07h00
Pas plus de 0,13 euro la minute de communication avec un
correspondant en Inde. Ce n'est qu'un exemple des tarifs alléchants du nouvel
opérateur de téléphonie Wengo. À titre de comparaison, Tele2 facture le même
appel au prix de 0,69 euro par minute. À l'instar de Skype, Annatel,
Phonesystems, SIPPhone, Vonage, ou même Free avec sa Freebox, Wengo vend de la
téléphonie sur IP, du téléphone par Internet.
En s'appuyant sur ce réseau mondial, ces sociétés
s'affranchissent des systèmes d'interconnexion des opérateurs télécoms
traditionnels, un moyen de casser les prix à une échelle planétaire. Cependant,
Internet n'étant pas conçu pour le transport de la voix, les communications ne
sont pas toujours de bonne qualité.
Contourner les réseaux traditionnels
Comme son nom l'indique, la téléphonie sur IP permet
d'acheminer ses communications téléphoniques via Internet. La voix est
numérisée, compressée puis découpée en paquets. Ces derniers sont envoyés sur le
réseau informatique. L'opérateur de téléphonie sur IP se charge alors de les
aiguiller vers le destinataire. La méthode d'aiguillage varie selon les
opérateurs et les protocoles qu'ils retiennent. La plus simple est probablement
celle du protocole SIP utilisé notamment par Wengo et qui s'appuie simplement
sur les DNS, ces bases de données qui servent, entre autres, à indiquer à un
navigateur Internet quel serveur interroger lors de l'ouverture d'une page Web.
À l'autre bout de la communication, une passerelle assure le raccordement entre
Internet et le réseau téléphonique classique (RTC) lorsque le correspondant est
appelé sur un mobile GSM ou un téléphone fixe traditionnel.
C'est ainsi que le trajet de la communication sur les
réseaux téléphoniques classiques est réduit à la portion congrue. Et c'est dans
ce contournement massif des infrastructures de téléphonie au profit d'Internet
que réside le secret des tarifs très bas de la téléphonie sur IP. Sur Internet,
sur les réseaux des FAI et des opérateurs de voix sur IP, les conversations
vocales correspondent à de très petits transferts de données ; il n'est dès lors
pas surprenant que les appels passés entre deux abonnés d'un même intervenant
soient gratuits.
Des problèmes d'embouteillage
Une fois injectés sur Internet, les paquets véhiculant la
voix numérisée se retrouvent mélangés à d'autres paquets, certains transportant
de la vidéo, d'autres des courriers électroniques et d'autres encore des pages
de sites Web. Hélas, aucun d'eux ne dispose de gyrophare l'autorisant à passer
au travers des embouteillages. Du coup, aucun mécanisme à l'échelle d'Internet
tout entier ne permet de garantir le fait que les paquets véhiculant un propos
arrivent tous à bon port, dans le bon ordre et sans retard. Le risque qu'un mot
se retrouve amputé d'une syllabe ou que la première syllabe d'un mot se retrouve
accolée à la dernière syllabe du mot suivant est alors important. Pas simple de
maintenir une conversation intelligible dans ces conditions. Sur les réseaux
téléphoniques classiques, rien de tel : les cellules transportant les voix
associées à chaque conversation sont assurées de trouver de bout en bout une
voie de circulation qui leur est réservée.
Conscients de ce problème, les fabricants d'équipements
de réseau ont développé des techniques adaptées. Celles-ci visent à garantir une
qualité de service (QoS) en étiquetant les paquets véhiculant la voix de manière
spécifique. Les paquets transitant sur le réseau sont alors différenciés suivant
la nature de leur contenu ; les spécialistes parlent de type de service (ToS).
Mais pour que cela fonctionne, encore faut-il que tous les équipements de réseau
traversés par les paquets d'une communication gèrent les mécanismes QoS/ToS. Ce
n'est malheureusement pas le cas. Le premier équipement traversé, le routeur
ADSL, ne les prend généralement pas en compte, à l'exception des routeurs
intégrant spécifiquement des fonctions de téléphonie sur IP (comme ceux produits
par Linksys).
Free, avec Freebox a retenu une autre stratégie :
réserver environ 12 Ko/s de bande passante dès la prise de ligne et jusqu'au
moment où l'on raccroche le téléphone. C'est bien plus qu'il n'en faut pour
faire passer la voix. Mais, dans la pratique, cette stratégie se révèle d'une
efficacité aléatoire. Pour une raison simple : elle ne s'applique que
localement, et ne s'impose pas à tous les intermédiaires de la
communication.
Reste un élément qui peut améliorer la qualité de
communication et palier les incohérences du réseau : les circuits ou logiciels
utilisés par la numérisation et la compression de la voix (codec). La plupart
des services de téléphonie sur IP s'appuient actuellement sur des codecs
développés pour des réseaux à faible bande passante comme la téléphonie mobile,
à l'instar des codecs G.729. Ils n'intègrent cependant pas les spécificités
d'Internet et s'avèrent très sensibles aux pertes de paquets. Le codec iLBC,
développé par Global IP Sound (ou GIPS), se présente comme une réponse crédible
à ce problème. Selon ses auteurs, iLBC peut s'accommoder d'une perte de 30 % des
paquets perdus tout en maintenant une qualité de communication environ 60 %
supérieure à celle proposée par G.729 avec 15 % de paquets perdus. Utilisé par
Skype, iLBC se montre très efficace. Hélas, le choix du codec dépend de
l'opérateur de service.
Malgré ces contraintes techniques, la téléphonie sur IP
devient aujourd'hui un sérieux concurrent de la téléphonie traditionnelle. Les
régulateurs des télécoms des pays européens veulent faciliter son essor. Ainsi,
dans l'Hexagone, le Conseil de la concurrence a demandé à l'Autorité de
régulation des télécoms d'intégrer cette nouvelle offre dans ses études de
marché. Le cabinet d'études Analysys y voit, pour sa part, une menace non
seulement pour la téléphonie fixe mais aussi pour la téléphonie mobile. Une
analyse que doit partager SFR qui en prohibe l'utilisation sur son réseau
UMTS.
Glossaire
IP (Internet
Protocol)
 C'est la « recette de cuisine » qui définit
l'emballage des paquets de données transitant sur Internet, et la manière de les
faire circuler entre deux correspondants.
Codec
 Il s'agit de la brique logicielle ou
électronique qui assure la numérisation ainsi que la compression de la voix puis
sa restitution sous une forme audible.
SIP (Session
Initiation Protocol)
 C'est un protocole informatique qui permet
l'établissement d'une conversation audio entre deux correspondants via les
adresses IP respectives de leurs ordinateurs ou de celles des passerelles
RTC/Internet les desservant.
QoS/ToS
 Ces deux termes
appartiennent au jargon des télécommunications. Ils désignent des mécanismes qui
privilégient des paquets véhiculant la voix par rapport aux données
informatiques.
SOS numéros d'urgence
La téléphonie sur IP n'est pas fiable pour l'acheminement
des appels d'urgence. L'appelant ne peut pas être localisé aussi précisément qu'
avec la téléphonie classique. Les bases d'adresses IP des FAI et autres
opérateurs de téléphonie sur IP n'intègrent pas de données permettant une
localisation automatique à l'échelle d'un quartier ou d'un canton. Par ailleurs,
rien n'interdit à un abonné en déplacement à des milliers de kilomètres de son
domicile d'utiliser ses identifiants pour se connecter à son service de
téléphonie sur IP.
Difficile dès lors pour les opérateurs d'assurer la
transmission d'un appel d'urgence aux autorités compétentes les plus proches.
Enfin, la téléphonie sur IP n'offre pas aujourd'hui les mêmes garanties de
disponibilité que la téléphonie classique. Des interruptions de services
surviennent régulièrement et, en cas de panne de courant, le service est
inaccessible.
En résumé
La téléphonie sur IP permet d'appeler ses correspondants
partout dans le monde à prix très économiques, sinon gratuitement. Pour réussir
ce tour de force, les opérateurs de téléphonie sur IP s'appuient sur Internet et
contournent les infrastructures des opérateurs télécoms traditionnels. Cette
nouvelle technologie est cependant confrontée à des problèmes liés à la nature
même d'Internet. Tous les équipements de réseaux IP ne permettent pas encore de
garantir une qualité de service comparable à celle du téléphone fixe
traditionnel. Mais déjà, cette technologie constitue une menace pour les
opérateurs de téléphonie classique.
|